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vendredi, 31 mai 2013

« Les étudiants formés en Afrique sont bons »


Sur tout le continent, de plus en plus d’écoles adoptent les standards internationaux de la formation de haut niveau. Le président de l’Esca décrit les défis qui se posent à l’enseignement supérieur en Afrique.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous ce paradoxe africain. D'un côté le nombre de diplômés de haut niveau ne cesse de croître, et de l'autre les entreprises sont confrontées à une pénurie de managers ?

manager_photo_16.jpgThami Ghorfi : D'abord, il faut noter que les cadres managers ne se réduisent pas à des personnes bardées de diplômes de haut niveau. Ce sont surtout des gens qui, en plus de leur formation, disposent de qualités professionnelles leur permettant de diriger une entité dans une culture de rendement, d'efficacité et de maîtrise de coûts. En Afrique en général, il y a un problème de compatibilité entre les besoins des entreprises et la réalité des formations offertes. Pour dénouer cette problématique d'employabilité, il faut apporter des formations très adaptées en top et en middle management. Il faut éviter de partir du principe qu'une bonne formation est forcément celle qui est la plus longue. Il y a des besoins aujourd'hui de middle management, c'est-à-dire de gens très opérationnels et capables de faire fonctionner des processus et des équipes, mais avec des niveaux intermédiaires.

Cette incompatibilité entre les formations et les besoins des entreprises, est-ce aux institutions privées comme la vôtre de la corriger ?

Les institutions privées de haut niveau n'ont pas pour vocation de corriger les manquements de l'enseignement public. Cela dit, les écoles privées comme la nôtre sont fondamentalement orientées et sanctionnées, positivement ou négativement, tous les jours par le marché. Cela signifie que, du fait qu'elles sont financées par des étudiants et des entreprises, lorsqu'elles ne répondront plus à leurs attentes, elles disparaîtront. Contrairement aux institutions publiques, l'évaluation des institutions privées est immédiate. Si vous n'êtes pas bon une année dans une filière, vous le ressentez immédiatement. Parce que vos diplômés, qui ne seront pas absorbés par le marché de l'emploi, vous retomberont dessus. Nous avons donc obligation de sélectionner les bons étudiants dès le départ, de leur apporter la bonne formation par la qualité des enseignements et d'en faire des diplômés de haut niveau directement opérationnels. Cela suppose d'anticiper les besoins des entreprises, en prenant en compte les grandes tendances en leur sein, pour apporter dans le contenu des programmes les éléments qui répondent à ces tendances. Mais aussi d'innover de façon à ce que, sur les plans du comportement et de la capacité à gérer les situations les plus complexes, nos diplômés soient en mesure de faire face aux modifications qui surviennent parfois de façon brutale dans le monde des entreprises. Ils doivent acquérir une posture leur permettant de conduire ces changements plutôt que de les subir.

L'enseignement public a-t-il encore sa place en Afrique ?

Absolument ! Car il a une mission d'éducation de masse. Les institutions privées ne traitent pas des volumes importants d'étudiants. Elles se veulent des établissements d'élite.

Mais surtout réservées à ceux qui en ont les moyens ?

Ce qui nous intéresse, ce n'est pas d'avoir uniquement des gens qui ont les moyens financiers. C'est aussi d'avoir des étudiants qui ont un back­ground et une ambition. Après, on trouve toujours des solutions pour le financement.

Les étudiants formés dans les écoles africaines de haut niveau peuvent-ils rivaliser avec ceux issus d'institutions occidentales ?

Aujourd'hui, nous avons en Afrique des institutions qui fonctionnent suivant les meilleurs standards internationaux en matière de pédagogie et qui n'ont franchement pas à rougir devant leurs homologues occidentales. Les entreprises qui recrutent les étudiants formés en Afrique vont plus vite parce que ceux-ci restent très accoutumés à leur environnement et sont capables de décrypter rapidement ses réalités. Si, en plus, ils ont eu la chance de vivre une expérience à l'international, ils n'en sortent que plus forts. La bataille ne se fait plus uniquement sur le background technique. Les jeunes managers qui arrivent sur le marché aujourd'hui sont appelés pendant leur carrière à devenir des machines à prendre des décisions. Avoir une connaissance pointue de l'environnement dans lequel évolue son entreprise (réglementation du pays, évolution des acheteurs) peut s'avérer très bénéfique.

Comment peut-on casser le monopole de qualité des écoles occidentales ?

La préoccupation d'institutions africaines comme la nôtre doit plutôt être de renforcer l'image de marque de ce que nous produisons. Nous travaillons pour que les entreprises se rendent compte que les gens qui sont formés en Afrique sont bons. Il y a une vraie tension sur le marché des cadres. Et les bons managers, d'où qu'ils viennent, les entreprises vous les prennent. Il n'y a pas de concurrence avec les diplômes occidentaux : les compagnies ont besoin des deux.

Des partenariats comme celui que noue votre institution avec l'École de management de Grenoble, et bien d'autres en Asie et en Amérique, sont-ils indispensables pour donner plus de valeur aux formations offertes en Afrique ?

Quand on veut s'attaquer à un marché de l'emploi plus important, comme celui des multinationales, on a besoin d'être fort. Pour cela, il y a deux possibilités : soit on crée une structure commune avec les grands groupes internationaux, soit on établit des alliances et des partenariats avec ces groupes tout en conservant son identité. Cela permet d'aller plus vite et de répondre plus facilement aux besoins des grandes entreprises. Des rapprochements entre institutions africaines ne doivent pas non plus être négligés. Il suffit de regarder les entreprises marocaines qui se développent en Afrique subsaharienne. Elles ont l'habitude de recruter des diplômés de certains centres de formation marocains dont elles connaissent bien la qualité des enseignements. Des partenariats entre ces écoles marocaines et celles des pays où ces entreprises se développent facilitent leurs recrutements.



> En tête du classement de Jeune Afrique des meilleures écoles de commerce du Maghreb en 2009, l'Esca délivre à ses étudiants des masters en double diplôme grâce à des partenariats avec des établissements d'enseignement supérieur européens, américains et asiatiques. Au total, l'Esca compte 200 étudiants d'une douzaine de nationalités.

Source: Jeune Afrique

08:54 Écrit par Donfedo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | Pin it! |

samedi, 25 mai 2013

Chômage et entreprenariat des jeunes en Côte d’Ivoire



chomage-300x200.pngL’instabilité politique que connait la Côte d’Ivoire depuis la fin des années 1990, qui a atteint son paroxysme avec la récente crise postélectorale, continue de laisser des séquelles, au nombre desquelles le chômage des jeunes. Celui-ci a atteint des proportions déconcertantes dans un contexte de pauvreté généralisée. Les licenciements massifs, les délocalisations et fermeture d’entreprises, les pillages et destructions des moyens de production de milliers de petits opérateurs économiques, conduisent à faire le constat de la perte de nombreux emplois, dont 120 000 directement liés à la crise postélectorale selon la Chambre de Commerce et d’Industrie de Côte d’Ivoire. A ce titre, l’Agence d’Etudes et de Promotion de l’Emploi (AGEPE) révèle que les jeunes de moins de 35 ans, qui constituent plus de 64% de la population, sont frappés d’un taux de chômage estimé à environ 25 %. C’est-à-dire le ¼ des forces vives du pays.

Les causes de ce chômage sont connues : la détérioration du climat sociopolitique principalement, mais aussi l’accroissement démographique, l’incapacité du marché de l’emploi à absorber les vagues successives de diplômés qui sortent chaque année du système éducatif, et l’inadéquation de la formation aux nouvelles exigences de ce marché de l’emploi, sont quelques raisons qui ont décuplé le taux de chômage des jeunes en Côte d’Ivoire.

Dans les années 1980, les différents Plans d’Ajustement Structurels (PAS) en Côte d’Ivoire ont eu pour conséquence une réduction significative de la part de l’Etat dans le jeu économique du pays. Cela a mis un terme à la situation qui a prévalu à partir de l'indépendance, avec l’incorporation de toutes les forces vives dans les structures et entreprises d’Etat. Aujourd’hui c’est le secteur privé qui dynamise l’économie. Alors que l’Etat n’est plus le premier pourvoyeur d’emploi, il devient difficile pour le secteur privé de jouer son rôle quand le contexte macroéconomique ne le permet pas. Les crises politiques et socioéconomiques qui se sont succédées ont contribué à accroitre le risque ambiant, ce qui désincite les opérateurs économiques à faire des investissements, et donc à se projeter dans l’avenir, faute de visibilité. Dans ces conditions, il est devenu difficile pour les entreprises de recruter.

Mais alors, que faire? Que faire lorsqu’après avoir fait des études, un jeune n’a pas pu se faire embaucher en raison du contexte qui prévaut ? La solution entrepreneuriale reste l’option qui s’offre à cette jeunesse lorsqu’elle rencontre le chômage à la sortie du système éducatif. Mais la Côte d'Ivoire fait face au problème d’un cadre politique, économique, juridique et fiscal inadéquat à l'entrepenariat.

Les témoignages de jeunes entrepreneurs ivoiriens ne sont pas du tout élogieux sur l'environnement entrepreneurial en Côte d’Ivoire. Le contexte de crise sociopolitique est désincitant pour tout investisseur et le risque pays qui en découle contribue à accroitre les taux d’intérêts pour tout emprunt. Situation encore plus dramatique, la multiplication des défaillances d’entreprises qui pour la plupart meurent à un stade embryonnaire, n’encourage pas les investissements. Il faut vraiment s’armer de courage pour risquer son capital dans un tel contexte. Pire, il revient de façon persistante que le poids de la fiscalité décourage la création d’emploi en Côte d’Ivoire. Le cadre financier quant à lui dévoile des conditions d’emprunts bancaires inefficaces pour impulser une dynamique entrepreneuriale. Enfin, l’insécurité ambiante et la corruption dans les administrations constituent un surcoût important pour quiconque choisit de se lancer dans la création d’entreprise en Côte d’Ivoire. En énumérant ces problèmes, les solutions se dégagent d’elles-mêmes.

Quel soutien à l’entreprenariat jeune ?

Il faut remarquer que le gouvernement ivoirien essaie de mettre en place depuis 1953 des structures chargées de promouvoir l’emploi dans toutes ses dimensions. L’Office de la Main d’œuvre de Côte d’Ivoire (OMOCI) crée en 1953 fera place à l’AGEPE en 1993. De 1978 à 1991, un projet pilote de formation par apprentissage conduit par l’ex Office Nationale de la Formation Professionnelle (ONFP) va déboucher, en 1996, sur le programme interministériel dénommé Programme d’Absorption des Jeunes Déscolarisés (PAJD). C’est dans la même veine que naîtra le Projet de Redéploiement de la Formation par Apprentissage (PRFA) en 1996, dont la tutelle fut confiée à l’AGEFOP. Plus récemment, en 2003, l’Etat de Côte d’Ivoire a mis en place le Fonds National de Solidarité (FNS) qui a pour but le soutien à l’entreprenariat des jeunes en finançant des projets viables. Il y a donc eu des initiatives gouvernementales en faveur de l’emploi jeune. Mais que peut-on faire lorsque le contexte politique et socioéconomique est marqué par des tumultes profonds ?

Si la stabilité politique qui est une condition sinequanone au déploiement de politiques de développement se fait encore attendre, les décisions des gouvernants du moment peuvent impacter positivement le cadre des affaires et conduire à plus de sérénité pour impulser une dynamique entrepreneuriale. Au niveau juridique, le droit fiscal doit pouvoir permettre un accompagnement dynamique de la sphère économique et non pas asphyxier les PME comme il revient des observations faites sur le terrain. Toute initiative doit pouvoir être encouragée par un allègement fiscal et un accompagnement technique et financier.

Au niveau éducatif, s’il s’avère que les politiques de promotion de l’emploi jeune peine à relever les défis qui s’imposent, il serait déjà porteur de travailler à inculquer des valeurs propres à préparer les esprits à s’engager dans la voie de l’entreprenariat, et à acquérir les éléments de base qui pourraient aider au pilotage d’entreprise. Il peut s’agir de renforcer les politiques d’alphabétisation; de renforcer les valeurs morales des individus; de financer des cessions de formation au management de projet. La formation doit pouvoir être adaptée au monde entrepreneurial.
Au niveau administratif, faire en sorte de juguler la corruption dans les administrations, définir une politique fiscale favorable au décollage d’entreprise, et inciter à opérer dans la légalité et dans la sphère formelle.
Au niveau socio-économique, il y a lieu de développer un cadre favorable aux investissements. Un effort d’apurement de la dette intérieure serait de nature à apporter un bol d’air aux entreprises prestataires de services de l’Etat. En effet, de nombreuses PME ont du mettre la clé sous le paillasson pour insuffisance de fond de roulement, en raison de créances impayées par l’Etat de Côte d’Ivoire. Il serait dommage que l’Etat investisse des milliards dans la formation pour aider à la création d’une nouvelle classe d’entrepreneurs, et dans le même temps, pénalise les entreprises prestataires en ne payant pas les factures, au point de les contraindre à fermer.

Au niveau financier, l’entreprenariat des jeunes peut être soutenu et encourager par des structures de capital risque qui ont pour métier d’investir dans des activités sans grande visibilité, et parfois dans des contextes risqués du point de vue de l’investisseur classique. Aussi, l’Etat ivoirien pourrait, par exemple, engager sa signature (à condition qu’elle vaille encore quelque chose, vu le niveau et le traitement qui est fait de la dette intérieure) pour soutenir des jeunes entrepreneurs auprès de leurs partenaires. Les activités avec un potentiel d’emploi plus important pourront alors être privilégiées. Une logique de double dividende intégrant des principes d’un “développement durable africain” est à envisager. A cet effet, il faut noter que des activités telles que la gestion des déchets, la gestion des espaces verts et les métiers d’assainissement, ont le mérite de créer à la fois des bénéfices économiques et environnementaux. Elles ont également un potentiel social non négligeable par la réinsertion de jeunes sans qualification qui, demeurant sans emploi, constituent un risque social par leur potentiel de déviance.

Les activités avec un potentiel d’emploi plus important pourront alors être privilégiées. Une logique de double dividende intégrant des principes d’un “développement durable africain” est à envisager. A cet effet, il faut noter que des activités telles que la gestion des déchets, la gestion des espaces verts et les métiers d’assainissement, ont le mérite de créer à la fois des bénéfices économiques et environnementaux. Elles ont également un potentiel social non négligeable par la réinsertion de jeunes sans qualification qui, demeurant sans emploi, constituent un risque social par leur potentiel de déviance.



Maurice Koffi, Jeanne Faulet-Ekpitini, Mireille Hanty, article initialement paru sur Pensées Noires



Tags: chômage afrique, Côte d'Ivoire, Jeanne Faulet-Ekpitini, Maurice Koffi

16:29 Écrit par Donfedo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | Pin it! |

Assemblée des jeunes francophones pour les organisations internationales


AJFOI.jpg« L’AJFOI est une association innovante et connectée par les réseaux sociaux qui promeut le respect de la diversité linguistique, culturelle, conceptuelle, à travers la solidarité et l’engagement de la jeunesse ».

Afin de soutenir les jeunes diplômés francophones désireux de devenir fonctionnaires internationaux (et se reconnaissant dans ses valeurs), l’Assemblée des fonctionnaires francophones des organisations internationales (AFFOI) a créé, en 2010, l’AFFOI pour les jeunes. Fidèle à sa devise : "Aider les jeunes à s’aider eux-mêmes en nous aidant", cette structure offrait aux jeunes inscrits des missions qui, tout en étant utiles à l’AFFOI, leur permettaient de se familiariser avec l’environnement multilatéral des institutions intergouvernementales.

Vision

Par sa nature et sa vocation internationale, l’AJFOI est une institution placée pour tirer parti de l’enrichissement croisé des cultures et donner ainsi consistance à l’idée de dialogue des civilisations. Dans ce sens, l’AJFOI s’affiche comme un microcosme de société civile mondiale dont la volonté majeure est bien l’extension de la démocratie.

Mission

- Contribuer à l’élaboration des modes de gouvernance renforçant la diversité dans les structures du système international (Bourse JEFI, Cliniques)

- Aider acteurs publics et privés à forger leurs stratégies sur la notion de diversité (rapport francophonie, rapport DDH, Atelier NT)

- Participer à tous les niveaux aux débats sur ces sujets dans le monde (cycle de conférences mensuelles)

Pour plus d’informations, consultez la page de l'AJFOI ICI.

16:08 Écrit par Donfedo | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | Pin it! |